Jean Luc Mélenchon à l’Élysée

Jean Luc Mélenchon à l’Élysée

A venir :

Ceci n’est pas un pronostic, c’est ce qu’un président Mélenchon pourrait tenter, d’après L’Avenir en commun, et ce que les institutions lui permettraient.

Ce qu’il voudrait faire en premier :

Ordre politique probable des 100 jours :

  1. Pouvoir d’achat : décret ou loi sur le SMIC ; blocage ou encadrement de prix (énergie, alimentaires, loyers) ; conférence sociale sur les salaires.
  2. Retraites : abrogation de la réforme des 64 ans, puis retour vers 60 ans / 40 annuités.
  3. Fiscalité : rétablissement d’un ISF renforcé, fin de la flat tax, tranches d’impôt plus nombreuses, taxe type « Zucman » sur les très grandes fortunes.
  4. Services publics : recrutements hôpital / école, 100 % Sécu annoncé.
  5. Énergie et industrie : réunification d’EDF, début de prises de contrôle publiques, planification écologique.
  6. Institutions : référendum ou processus vers une assemblée constituante (VIe République), RIC.
  7. Europe : moratoire sur certaines directives, refus du statut de travailleur détaché, « désobéissance » si un texte européen contredit le mandat.

Ce que le programme ne fait pas : réduire le nombre de fonctionnaires, durcir l’immigration, baisser les impôts globaux, couper dans la dépense pour la dette.

Le financement annoncé repose sur l’impôt sur le capital, la fraude, la fin de certaines exonérations, la croissance par la demande. Les chiffrages indépendants placent surtout la retraite à 60 ans parmi les mesures les plus coûteuses (dizaines de milliards par an).

Scénario 1 : il a la majorité à l’Assemblée

Scénario 1 : il a la majorité à l’Assemblée

C’est le seul cas où le programme peut vraiment démarrer. Une majorité LFI pure est historiquement difficile ; plus réaliste : une coalition de gauche (LFI + PS + écologistes + PCF), donc déjà des compromis (le PS n’est pas aligné sur 60 ans ni sur toutes les nationalisations).

Semaines 1 à 4

  • Premier ministre LFI ou de rassemblement à gauche.
  • Décrets possibles tout de suite : revalorisation du SMIC (le gouvernement fixe le SMIC par décret), certaines mesures de prix, instructions aux préfets et à l’URSSAF.
  • Abrogation par projet de loi de la réforme des retraites de 2023 : signal politique n°1.
  • Nominations : Bercy, Energie, Travail, Intérieur. Changer les têtes ne change pas l’administration.
  • Annonce d’une conférence nationale des salaires et d’un calendrier constituant.

Mois 1 à 6

Avec une majorité :

  • loi SMIC + salaires ;
  • loi retraites (coûteux, effet immédiat sur les comptes) ;
  • loi de finances : ISF, fin de la flat tax, nouvelles tranches ;
  • début de nationalisations / pôle public de l’énergie (lois + indemnisations) ;
  • encadrement des loyers, 100 % Sécu en plusieurs étapes.

Le 49.3 serait peu nécessaire si la majorité est solide. Le Sénat, s’il reste à droite, retarderait et amenderait presque tout.

Même avec la majorité, les chocs seraient immédiats

  • Dette et marchés. Hausse du SMIC + retraites à 60 ans + dépenses publiques, avant que les recettes fiscales nouvelles rentrent. Les taux d’intérêt français monteraient. La BCE et les règles européennes ne suivraient pas.
  • Coût du travail. Un SMIC à 1 700 € net pèse d’abord sur les TPE-PME, l’hôtellerie, l’agroalimentaire, les services. L’emploi peu qualifié peut reculer avant toute « planification ».
  • Fuites de capitaux. ISF + fin de la flat tax : une partie du capital mobile part ou s’organise. LFI table sur le contrôle des mouvements de capitaux ; c’est un conflit ouvert avec l’UE et les traités.
  • Europe. « Désobéir » à une directive se traduit par des procédures d’infraction, des amendes, éventuellement une crise sur les fonds européens.
  • Administration. Le programme veut plus de fonctionnaires (hôpital, école, EHPAD), pas moins. Cela entre en contradiction avec l’objectif « alléger une administration pléthorique ».
  • Immigration. Une régularisation large et l’égalité d’accès aux aides seraient votables avec une majorité de gauche, mais politiquement explosives face à l’opinion et à la droite. Ce ne serait pas un outil contre « l’immigration incontrôlée » telle que vous la formulez : le programme va dans l’autre sens.
  • Conseil constitutionnel. Certaines nationalisations, contrôles de capitaux ou mesures fiscales rétroactives peuvent être censurés ou limités.

Résultat probable avec majorité : un choc social visible (SMIC, retraites, impôts) dès le premier budget ; une tension financière et européenne très rapide ; une transformation industrielle plus lente que le discours (une nationalisation se négocie des années).

 Scénario 2 : il n’a pas la majorité

C’est le plus vraisemblable.

2a. Cohabitation

L’Assemblée impose un Premier ministre d’un autre camp. Mélenchon garde surtout :

  • la parole, les voyages, une partie de la diplomatie ;
  • la dissolution ;
  • le refus de signer certaines ordonnances.

Le programme intérieur (SMIC législatif large, ISF, retraites, nationalisations) passe sous le contrôle de Matignon. Un président LFI en cohabitation avec une Assemblée de droite ou du centre serait un conflit permanent.

2b. Gouvernement LFI minoritaire

Il nomme quand même un Premier ministre de son camp.

Ce qu’il peut faire sans loi :

  • revalorisation modérée du SMIC par décret (le saut à 1 700 € net est politiquement un décret, juridiquement attaquable et économiquement brutal) ;
  • circulaires, nominations, discours ;
  • tenter un référendum (article 11) sur les retraites ou les institutions, avec un risque d’invalidation si le texte sort du cadre.

Ce qu’il ne peut pas faire sans l’Assemblée :

  • ISF, fin de la flat tax, 14 tranches ;
  • retraite à 60 ans ;
  • nationalisations ;
  • 100 % Sécu ;
  • VIe République (il faut une révision, donc Congrès ou référendum très encadré) ;
  • contrôle des capitaux.

Le budget tomberait au 49.3, puis à une motion de censure presque certaine : droite, centre, une partie du PS. Les syndicats proches de LFI pousseraient dans la rue ; le Medef, le Sénat et une partie de la haute fonction publique freineraient.

Arme principale : dissoudre. Si la dissolution échoue, le quinquennat devient une présidence de tribune.


Face aux problèmes cités :

Problème que vous citezAvec majorité LFISans majorité
DetteAggravée à court terme (retraites, SMIC, dépenses)Le Parlement bloquerait une partie des dépenses, pas la tension
ChômageIncertain : demande en hausse, coût du travail en haussePeu de leviers
IndustrieNationalisations + commande publique, effet lentPresque rien
Coût du travailLe programme l’augmente (SMIC, cotisations)Idem, mais plus limité
Impôts élevésLe programme les hausse sur le capital et les hauts revenusBloqué au Parlement
ImmigrationRégularisation / droits égaux, pas un durcissementStatu quo conflictuel
Pression européenneConfrontation assumée (« désobéissance »)Le président peut parler, pas recoudre les traités
Fonctionnaires « trop nombreux »Recrutements prévus, pas de réductionStatu quo
Administration ferméeChangement des têtes + planification ; la machine resteEncore plus vrai
Opposition de droiteManifestations, Sénat, marchés, UECensure + blocage législatif

Dans les deux cas, sans majorité à l’Assemblée, le président ne gouverne pas la France quotidienne.
Avec majorité, Mélenchon peut aller vite sur le SMIC et l’abrogation des 64 ans. Il se heurterait ensuite, plus tôt que le RN sur l’immigration, au mur de la dette, des taux et de l’Union européenne.

Les syndicats ne seraient pas tous des alliés : une partie soutiendrait les retraites et le SMIC ; une autre défendrait le statut quo administratif. Le Medef, les collectivités et Bercy seraient le principal frein interne.

Le nœud, différent de l’hypothèse Le Pen

Chez Le Pen, le premier choc est migratoire et identitaire, avec un coût budgétaire sur la TVA.
Chez Mélenchon, le premier choc est social et fiscal, avec un coût budgétaire sur les retraites et le SMIC.

Dans les deux cas, sans majorité à l’Assemblée, le président ne gouverne pas la France quotidienne.
Avec majorité, Mélenchon peut aller vite sur le SMIC et l’abrogation des 64 ans. Il se heurterait ensuite, plus tôt que le RN sur l’immigration, au mur de la dette, des taux et de l’Union européenne.

Les syndicats ne seraient pas tous des alliés : une partie soutiendrait les retraites et le SMIC ; une autre défendrait le statut quo administratif. Le Medef, les collectivités et Bercy seraient le principal frein interne.

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